Jean-Baptiste GIRARD
(1775 - 1815 )

Héros de la bataille de Ligny

Girard était né le 21 février 1775 à Aups dans le Var. Il avait signé un engagement volontaire à l'âge de 18 ans et très tôt, il fut attaché aux services d'Etat-major.
Bravoure, dévouement, fidélité caractérisent la carrière de Girard. Au printemps 1794, il est incorporé à l'armée d'Italie et se distingue au cours de cette éprouvante guerre faite d'attaques incessantes, avec des effectifs sous-équipés et mal armés.
Le 5 novembre 1797, Bonaparte signe son brevet de capitaine, il est âgé de 22 ans et compte 4 années de service. Au cours de cette campagne, il se distingue à la prise de Pescara, position clé, et est promu au grade de chef de bataillon en janvier 1799 "pour le courage et la diplomatie" dont il fit preuve.
Il devient chef de brigade à Marengo et général après Iéna. Il prend part à la difficile campagne d'Espagne. Il est blessé sur la Bérézina et à Lützen.
Le 26 octobre 1808, il est titré baron d'empire et le 20 mai 1811, il reçoit le cordon de Grand Officier de la Légion d'Honneur.
Au retour de l'Empereur, de l'île d'Elbe, Girard se rallie immédiatement... et pour la campagne de Belgique, il reçoit le commandement de la 7e division d'infanterie attachée au Corps de Reille et faisant partie de l'aile gauche sous le commandement de Ney.
A la veille de Ligny, sa division est massée à la limite de Jumet. Girard reçoit l'ordre de l'Empereur de se porter en avant, vers Wangenies et Saint-Amand, au cours d'un dîner en compagnie du prince Jérôme et d'officiers de l'Etat-major. Alexandre Dumas père à décrit la scène, dont il tenait la relation du Prince lui-même: "un aide de camp de Napoléon entra. Il apportait l'ordre à Girard et à sa division de marcher sur Fleurus pour faire sa jonction avec l'Empereur. Le général Girard qui était un des plus braves soldats de l'armée et qui avait été fort gai jusque là, pâlit tellement en recevant cet ordre, que le Prince se retourna sur lui en lui demandant s'il se trouvait mal.
- Non, Monseigneur, dit le général en portant sa main à son front, mais il vient de me passer un singulier pressentiment: je serai tué demain. - Allons donc, dit le Prince Jérôme en riant, est-ce que tu deviens fou, mon vieux camarade?
- Non Monseigneur; mais n'avez-vous jamais entendu dire qu'il y ait des hommes qui aient reçu d'avance l'avis de leur mort?
- Combien as-tu de blessures, Girard? demanda le Prince.
- Vingt-sept ou vingt-huit, Monseigneur, je n'en sais pas bien le compte, je suis troué comme une écumoire.
- Eh bien, quand on a reçu vingt-huit blessures au service de la France, on est immortel. Au revoir Girard.
- Adieu Monseigneur.
- Au revoir.
- Non, non, adieu!
Girard sortit de la chambre. Tous ces hommes de guerre habitués à voir la mort chaque jour se regardèrent en souriant; cependant, quoique aucun d'eux ne crut au prétendu pressentiment de celui qui les quittait, une impression triste pesait sur eux".
Les circonstances de la mort de Girard sont restées obscures; il était pourtant un proche de Napoléon qui l'estimait beaucoup.
Marchand, Premier valet et exécuteur testamentaire de l'Empereur nous en a laissé la relation, dans ses "Mémoires", qu'il tenait du chirurgien-major d'Hérald attaché au 12° léger.
"L'ordre d'attaquer le village de Saint-Amand occupé par les Prussiens vient d'être envoyé à Girard par l'Empereur; on est le 16 juin peu après-midi. Le général, fort préoccupé, estime que sa division va être décimée.


La mort du général Girard

"Ayant enlevé sa capote bleue, le général parut à la tête de sa division en grande tenue de lieutenant-général, il commanda à son artillerie de se porter en avant et déploya ses masses qu'il mit sur deux lignes. A ce mouvement d'attaque, nos soldats jetèrent des cris très vifs de "Vive l'Empereur". C'est alors que s'engagea avec les Prussiens une fusillade des plus meurtrière, des généraux, des officiers, des soldats tombent. Le malheureux général Girard, déjà atteint de deux fortes contusions, reçu un troisième coup de feu essentiellement mortel qui le renversa par terre sans mouvement: la même balle lui avait fracturé le bras droit, passé sous l'épaule et s'était fixée dans la colonne vertébrale. Accouru ,pour venir donner des soins au général, je vis de suite la gravité de sa blessure. Comme l'ennemi nous poursuivait vivement, "Tuez-moi, disait le général, mais ne m'abandonnez pas vivant". Quatre carabiniers le portaient dans une capote, il était une heure... Je reçu l'ordre de le conduire à Charleroi; j'y restai toute la journée du 17 pour pouvoir le remettre au soin d'un chirurgien de la Garde qui était près du général Letort, blessé à mort le 15 au soir (à Gilly).."
D'Hérald soigna encore le général, le 19, sur la route de Philippeville, puis à Rocroi, et, une dernière fois à Reims. Transporté à Paris, Girard mourut le 27 juin.
L'acte de décès de Jean-Baptiste Girard, général de division, Grand Officier de la Légion d'Honneur, Chevalier de la Couronne de fer, Gouverneur du château de Meudon, Pair de France, âgé de 39 ans, décédé le 27 juin 1815 à quatre heures du soir, a été établi le 28 juin par la mairie de Montmartre.

Deux vues de la Ferme de la Haye, près de laquelle est tombé le Général Girard

La baronne Girard, née Perla Consolo, est enceinte, avec à sa charge, deux filles, l'une de 12 ans, l'autre de 15. Elle est pratiquement sans ressource. Elle sollicite une pension, laquelle lui est accordée: 6.000 F. par an, qu'elle ne touchera pas et qui sera ramenée à 1.500 F.
Elle tente vainement de récupérer les arriérés dus à son mari depuis les campagnes d'Espagne, de Russie, d'Allemagne et de Belgique, constitués par les arriérés de solde, les indemnités de pertes d'équipages et de chevaux, de primes de mise en campagne, et, estimés à plus de 50.000 F. somme qui donne lieu à un contentieux sans fin. La petite Alfrède, fille posthume du général, naît le 14 février 1816.

La situation financière de la famille se dégrade de jour en jour; la baronne est forcée de vendre une partie de ses meubles et ses bijoux. Et voilà que parvient la nouvelle du legs de 100.000 F. que l'Empereur, à Sainte Hélène, a réservé par testament à la veuve et aux enfants du brave Girard...
L'espoir d'une existence meilleure renaît.. hélas, des contestations surgissent au sujet des capitaux placés par l'Empereur. Un procès s'engage et après 6 années de palabres, on parvient à un compromis qui permet à quelques privilégiés de toucher un pourcentage de leur dû... les moins chanceux, parmi lesquels la baronne n'obtiendront rien. Avec l'avènement du Roi Louis-Philippe, en 1830, l'hostilité à l'égard des serviteurs de l'Empereur s'atténue et une loi de réparation est votée à leur profit par la chambre des députés.

Au cours de débats, le général Bertrand siégeant au sein de cette assemblée, déclara: "Girard était petit de corps, mais il était grand par le coeur". En vertu de cette loi, la baronne peut enfin obtenir la pension de 6.000 F. qui lui avait été promise 17 ans plus tôt. Nous sommes en 1832... elle ne va pas en profiter longtemps, elle meurt l'année suivante.
Sa fille aînée Désirée, restée célibataire assume le rôle de chef de famille et la protection de sa soeur cadette Alfrède âgée de 17 ans. Jusqu'à présent, il ne fut encore jamais question du titre de Duc de Ligny, ni dans la famille, ni parmi les anciens compagnons d'armes du général. Nous voici en 1848, Charles Louis Napoléon devient Président de la République et le 2 décembre 1852, se fait plébisciter Empereur sous le nom de Napoléon III..
Les fidèle du premier Empire rentrent en grâce en 1854, un crédit de 4 millions est voté pour réparer les injustices subies par les légataires de son oncle.
1870, c'est la chute du second Empire et l'instauration de la troisième République. Il n'est toujours pas question de ce titre de Duc de Ligny...
Et voilà qu'en 1873, Désirée Girard retrouve dans des papiers de fa mille, un décret impérial daté du 21 juin 1815, adressé au Lieutenant Général Girard et ainsi conçu "L'Empereur a été satisfait de votre conduite à la bataille de Ligny sous Saint-Amand. Sa Majesté estime que si chacun avait fait son devoir, comme vous, nous n'aurions éprouvé aucun revers. Au milieu des préoccupations les plus tristes et les plus importantes, l'Empereur a songé à reconnaître votre dévouement et vous a nommé DUC DE LlGNY.
Vous en recevrez l'avis officiel de M. le Duc de Bassano. Agréez, Général, les assurances de ma considération distinguée." Le document est signé par le maréchal Davout, Prince d'Eckmühl, à l'époque, ministre de la guerre.
Des démarches furent effectuées auprès du gouvernement par un descendant du général, en vue de la reconnaissance officielle du titre, mais sans succès; alors que si le document avait été découvert plus tôt, il est presque certain que Napoléon III l'aurait officialisé.
On ne peut toutefois contester l'authenticité de la lettre et de la signature du Prince d'Eckmühl qui fait d'ailleurs mention de l'octroi de ce titre dans ses "Mémoires et Ecrits".


Stèle commémorative apposée sur un des murs
de la Ferme de la Haye

Mais d'autres preuves de la réalité de ce titre nobiliaire, et non des moindres, peuvent être avancées:
L'annuaire de la "Noblesse de France et des Maisons souveraines d'Europe"" de Boul d'Hauterive - édition de 1876, porte les mentions suivantes:
"Ligny (Girard, duc de). - si le titre de duc de Ligny apparaît pour la première fois dans ""_annuaire"" c'est que l'irrégularité de son établissement avait empêché jusqu'ici de le placer à côté des autres titres du premier Empire, malgré sa glorieuse origine, que font aujourd'hui ressortir nos malheurs récents.
Le général Girard, un des plus brillants soldats du commencement de ce siècle, général à trente et un ans, commandant en chef à trente cinq, remporta de fréquents succès contre les ennemis de la France de 1810 à 1813.
Nommé Pair de France en 1815, il commandait l'extrême gauche de l'armée à la bataille de Fleurus appelée aussi de Ligny, le 16 juin 1815. Il contribua si puissamment à cette dernière victoire sur les Prussiens que, peu de jours après, Napoléon 1 éleva le baron Girard à la dignité de duc de Ligny...
Autre preuve,: dans "l'Armorial du Premier Empire (édition de 1894) du vicomte Révérent, directeur de "Annuaire de la Noblesse de France, il est fait mention à la page 238 du tome 1 de "l'élévation de J.B. Girard à la dignité de duc de Ligny par décret impérial du 21 juin 1815" ; et tout près de nous, Jean Tulard, historien bien connu, président de l'Institut Napoléonien et professeur à la Sorbonne cite dans son ouvrage "Napoléon et la Noblesse d'Empire suivi de la liste complète des membres de la noblesse impériale"" Girard J.B. général, baron d'Empire, le 26 octobre 1808; duc de Ligny par décret impérial du 21 juin 1815. Samedi 31 mars 1990, par un beau soleil estival, un petit groupe était rassemblé à Saint-Amand, près de la ferme de la Haye. Sur le mur blanchi en bordure de la route se détachait un drapeau tricolore masquant une plaque apposée par "l'Association des Monuments Napoléoniens", portant ces simples mots: "Ici est tombé mortellement blessé le 16 juin 1815, le Général Girard"

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