La bataille de Ligny - prologue

Introduction | Les combats

Les combats

Il est quinze heures. Une batterie de la Garde vient de tirer trois coups de canon à intervalles réguliers. C'est 1c signal de l'attaque. Sous un ardent soleil les essaims de tirailleurs de Vandamme et de Gérard se faufilent dans les vertes moissons déjà hautes qui les dissimulent quelque peu. Mais les colonnes d'assaut qui les suivent subissent immédiatement le feu Aes batteries prussiennes bien placées qui garnissent les versants au nord des vallées du Grand-Ry et de La Ligne. Devant St Amand, le général Vandamme charge la division Lefol d'enlever le saillant de la position de Zieten que constitue le village immédiatement au sud du Grand-Ry. Mais ni Vandamme, ni Lefol n'ont fait, au préalable agir leurs batteries pour en imposer aux canons prussiens.


Napoléon devant Ligny

Néanmoins les fantassins français se ruent à l'assaut du village aux cris de " Vive l'Empereur " tandis que les musiques régimentaires jouènt le " Chant du départ ". Le village est enlevé. Une contre-attaque y bloque les Français. Vandamme fait alors intervenir son artillerie et, à la gauche de la division Lefol, engage celle du général Berthezène qui déborde le village par l'ouest et se dirige vers l'agglomération de La Haye tandis que la division Girard, plus à gauche encore, marche vers Le Hameau s'en empare et progresse vers La Haye pour tourner toute la position ennemie de St Amand. Tout le dispositif de Vandamme est flanqué vers Wagnelée par la division de cavalerie légère du général Domon et, comme ultime réserve, il dispose de la division d'infanterie du général Habert.


Blücher et Gneisenau conduisant les bataillons Prussiens

Telle est la situation à l'aile gauche française vers seize heures. Mais Blücher qui sent la menace contre son aile droite y envoie des renforts d'infanterie et de cavalerie. La lutte devient de plus en plus âpre, particulièrement autour de La Haye où les régiments de Girard, 11° et 12° légers, 4° et 82° de ligne, sont très éprouvés. Les trois généraux de la division sont bientôt hors de combat. Blessé mortellement le licutenant-général baron Girard succombera le 27 juin à Paris. Les généraux de brigade de Villiers et Piat sont évacués, le colonel Matis du 82° prend le commandement. A l'aile droite française, les hussards, chasseurs et lanciers de Pajol, les dragons d'Exelmans, la division de cavalerie Maurin du 4° corps, soutenus par la seule division d'infanterie du général Hulot, le tout sous les ordres du maréchal Grouchy, en imposent au III corps prussien de Thielman et, chose extraordinaire, le feront pendant toute la bataille de Ligny et s'empareront de Boignée, Balâtre, Tongrenelle, franchiront la Ligne et menaceront directement Sombreffe. Mais au centre ?


Mort du Général Girard

Devant l'agglomération de Ligny, face au nord-ouest, nous l'avons dit, le lieutenant-général Gérard a disposé les deux divisions d'infanterie des gcnéraux Vichery et Pêcheux, ce dernier à gauche, Pêcheux est le premier engagé. Ses régiments, 30 et 40~ de ligne (brigade Romme) 6° léger et 6° de ligne (brigade Schoeffer) prennent pied dans Ligny après une trop mince préparation d'artillerie et ils sont refoulés. Gérard reçoit en renfort deux batteries d'artillerie lourde de la Garde. Celles-ci commencent un violent tir à obus et à boulets sur le village où les toits de chaume prennent feu et où des maisons s'effondrent sur les défenseurs. L'attaque de Pêcheux est relancée. La Ligne, qui traverse du sud-ouest au nord-est le village de Ligny, n'est pas un mince ruisseau. Profonde de moins d'un mètre, il est vrai, mais très sinueuse, large de trois à quatre mètres suivant les endroits et l'importance des pluies, elle coule encaissée entre deux talus de trois à quatre pieds au-dessus du plan d'eau. Sur les deux rives garnies de saules et de haies vives, les enclos des maisons dispersées, dont les murs ont été crénelés, constituent autant de blockhaus, et les grands bâtiments, aux murailles épaisses, des fermes d'En-Haut et d'En-Bas, représentent avec l'église, le cimetière et le château un des plus solide bastion de la position bien choisie et connue de Blücher. jusqu'à dix-neuf heures, les combats dont l'acharnement ira grandissant vont continuer dans Ligny avec des alternatives diverses et Gérard engage la division Vichery à la droite de Pêcheux.


Combats dans Ligny

De part et d'autre de La Ligne, les adversaires se fusillent à bout portant. Des fantassins français, de l'eau jusqu'à mi-jambe, tentent de franchir le cours d'eau tandis que d'autres s'en prennent aux bâtiments fortifiés et essaient de s'emparer des deux ponts. Les mémorialistes, tant Prussiens que Français, décrivent la fureur inouïe des corps à corps de Ligny. Les soldats de Blücher se souviennent d'Iéna et des années d'occupation, les grognards de Napoléon ont présentes à la mémoire les exactions et les pillages qui accompagnèrent la défaite de 1814. Le village est pris et repris quatre ou cinq fois. Aux attaques succèdent les contre-attaques, et ce sauvage va-et-vient des deux adversaires par dessus La Ligne va se prolonger quatre heures, jusqu'au moment où se déclenchera, enfin, l'assaut victorieux, avec l'aide de la Garde impériale, retardé pour une raison qui n'est qu'un nouveau et étonnant contre-temps comme on en trouve plus d'un, dans ce que nous appellerions de nos jours le " suspense " de la campagne de 1815.

En effet, que se passe-t-il devant La Haye et St Amand où la bataille n'est pas moins acharnée qu'à Ligny ? Il est plus que dix-sept heures. Non seulement Vandamme suspend son attaque, après avoir engagé sa dernière division pour tenir tête aux renforts de Blücher, mais il évacue Le Hameau, La Haye et St Amand, si chèrement conquis alors qu'une division de tirailleurs et de voltigeurs de la Jeune Garde est en marche pour le soutenir ainsi que la brigade de lanciers du général Alphonse de Colbert prélevée sur la droite dans le corps de Pajol, bientôt suivis du 11° chasseurs du colonel Nicolas. Or, c'est le moment où, ayant constaté que Blücher dégarnissait son centre pour courir au secours de sa droite, l'Empereur a décidé de l'enfoncer et se prépare à y engager la Garde et les cuirassiers.


Combats dans Ligny

Il se fait que Vandamme vient d'apercevoir une très forte colonne qui se dirige vers ses arrières. Quelle est cette colonne ? Vandamme la croit ennemie. Peut-être se souvient-il de sa mésaventure de 1815 en Saxe, à l'affaire de Külm, où son corps d'armée aventuré à la poursuite des Austro-Russes, sans être soutenu par le maréchal Gouvion-St-Cyr, s'était vu coupé par les Prussiens et n'avait pu se dégager qu'au prix de lourdes pertes et de nombreux prisonniers dont lui Vandamme, resté aux mains des Russes. Celui-ci est donc inquiet. Il prévient l'Empereur qui suspend la marche de la Garde vers Ligny et fait reconnaître la colonne suspecte. Elle n'est autre que le 1° corps du général Drouet d'Erlon lequel, marchant de Gosselies vers Frasnes, a été détourné vers Brye, mais non pas sur Fleurus, pour se rabattre sur les arrières des Prussiens conformément au plan de Napoléon. Mais le Maréchal Ney engagé contre Wellington aux Quatre-Bras, a envoyé à d'Erlon un contre-ordre formel de revenir vers lui. Interdit, d'Erlon est retourné vers Frasnes en laissant toutefois sa division de cavalerie et la division d'infanterie Durutte en vue de Wagnelée. Cette affaire de la marche et de la contre-marche du 1° corps a fait l'objet de discussions interminables des historiens de 1815.

Comment, tiraillé entre deux ordres contradictoires, tout un corps d'armée, par suife d'une erreur de transmission ou de mauvaise interprétation des ordres, n'a-t-il été utile ni à Ligny ni aux Ouatre-Bras, mais est venu, bien à contre-temps, jeter le trouble jusque dans l'état-major impérial et a fait retarder le dénouement de la bataille de Ligny. Pour plus de détails nous renvoyons le lecteur aux nombreux historiens et mémorialistes de l'époque. La réponse du reste ne sera jamais clairement connue ; un important messager de l'Empereur vers le maréchal Ney dans l'après-midi du 16, le colonel de la Bédoyère, ayant été fusillé par la Restauration quelques semaines après Waterloo sans qu'on ait pu recueillir son témoignage capital. Quoi qu'il en soit, l'attaque de la Garde et de la grosse cavalerie sur le centre prussien ne démarra que passé dix-neuf heures.

Troupes françaises et prussiennes se disputant un pont à Ligny
Combats devant la Ferme d'En-Haut

Quelle est la situation à ce moment ? Devant Le Hameau, La Haye et St Amand, Blücher qui s'acharne sur la gauche française est contenu par le corps de Vandamme, l'héroïque division Girard (2), la division des tirailleurs et voltigeurs de la Jeune Garde du général comfe Barrois que vient renforcer la division de chasseurs de la Garde, 2, 5 et 4° chasseurs du général comte Duhesme. La division de chasseurs à cheval de Domon et 1cs lanciers et chasseurs de la division Subervie couvent la gauche de ce dispositif.

Devant Ligny l'Empereur organise l'assaut final avec les deux divisions de Gérard électrisées par l'arrivée de la Garde impériale. Les quatre régiments de grenadiers à droite avec l'artillerie, à gauche le l° chasseurs à pied du général Cambronne suivi des sapeurs et marins de la Garde, des dragons et grenadiers à cheval de la Garde, des gendarmes d'élite et des cuirassiers de Milhaud. Mais laissons parler ici un sergent du 1er grenadiers ; Nous marchons ainsi pendant vingt minutes, notre dernier mouvement eut quelque chose de religieusement imposant ! Oui, nous l'aimons, il y avait quelque chose de solennel et de religieux dans cette immense procession militaire marchant à la mort d'un pas ferme et la tête haute, précédée de l'image de la Patrie. Les tambours ne battaient pas . Une salve de soixante coups de canon part de notre droite. C'est l'artillerie de la Garde qui salue l'armée prussienne.

Vues illustrant la violence des combats dans Ligny

L'Empereur est près de nous sur un tertre au bord d'un chemin creux que nous allons franchir sous ses yeux en le saluant de nos vivats. A l'instant la charge bat, nos têtes de colonnes s'élancent dans le ravin par sections et demi-sections suivant le terrain et les issues ; chaque régiment suit le mouvement au pas de course et nous sommes bientôt au-delà de Ligny que plus de cinq heures de combats acharnés n'avaient pu mettre complètement en notre pouvoir. Mais cette fois il est définitivement enlevé à la baïonnette. Nous marchons malgré nous quelquefois même nous trébuchons sur des monceaux de cadavres dont sont encombrées les rues de Ligny, mais, grâce au ciel, quelques minutes ont suAi pour nous faire franchir cette espèce de vallée de Josaphat où morts et vivants sont pêle-mêle. Nos têtes de colonne se reforment au bas du coteau car nous avons encore à monter à l'assaut des masses qui nous attendent pour nous foudroyer à notre apparition sur les mamelons qu'elles occupent en force .

Notre régiment était à mi-côte du premier mamelon lorsque les grenadiers à cheval, les dragons de la Garde ainsi que les cuirassiers du général Delort sortirent de ce défilé et se reformèrent au grand trot, par escadrons, pour compléter la victoire. Ce hourrah général de trois mille hommes de grosse cavalerie avait quelque chose de prodigieux et d'effrayant. Ce fut en cette circonstance que le crépuscule rendait encore plus confuse que le maréchal Blücher eut son cheval tué dans l'attaque qu'il commandait en personne .

En effet, Blücher, en apprenant ce qui se passait à Ligny, était accouru de St Amand et avait chargé la cavalerie française avec tout ce qu'il avait pu rassembler. Précipité au sol et immobilisé sous le poids de son cheval atteint d'un coup de feu, toute une charge de cuirassiers l'avait dépassé deux fois, mais l'obscurité l'avait dérobé, ainsi que son aide de camp, à la vue des cavaliers de Delort et un retour offensif de dragons prussiens l'avait délivré. Lorsqu'on réfléchit aux pertes de temps le matin à Châtelet, conséquence en partie de la trahison de Bourmont, et à celle résultant des marches insolites du corps de d'Erlon, on peut se demander comment les choses auraient tourné si l'obscurité n'était venue arrêter les combats qui ne s'éteignirent que passé vingt-deux heures.


La chute de Blücher

Mais on n'écrit pas l'histoire avec des si ; on ne peut que constater les faits, Comme si les éléments avaient voulu se joindre aux fureurs des humains, un orage avait éclaté, épaississant les ombres du crépuscule. I es Prussiens se retirèrent du champ de bataille et, après s'être barricadés à Sombreffe et à Brye, battirent en retraite avant l'aube du 17, le corps de Thielman vers Gembloux, ceux de Ziethen et de Pirch I vers Mont-St- Guibert par Tilly, Mellery, Gentinnes, en direction de Wavre où le corps de Bülow rejoignit Blücher par Dion-le-Mont.

Depuis les hauteurs de Brye, Gneisenau ordonne la retraite
Retraite prussienne observée depuis les positions françaiseses

Telle fut la journée de Ligny la dernière victoire de Napoléon, qui n'atteignit pas l'ampleur qu'il en avait espéré, c'est-à-dire la destruction de l'armée prussienne, car le regroupement de son armée autour de Wavre allaif pcrmettre au tenace Blücher de venir sauver Wellington en tombant dans le flanc droit des Français à Plancenoit en cette fin d'après-midi du 18. Mais l'objet de cette étude n'est pas de décrire les circonstances atmosphériques et humaines qui, malgré Ligny, aboutirent au désastre de Waterloo et... à Ste Hélène.

Général Major Honoraire H.J. COUVREUR


Ligny au lendemain de la bataille

 
 
LA BATAILLE
La bataille | Les témoins | Documents | Cartes

Date de dernière mise à jour :
Copyright© Les Amis de Ligny 2001-2003
Tous droits réservés®